Lagarde face au golfe : le bce en mode précaution ?

Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, cherche à éviter une nouvelle réprimande des marchés après une gestion contestée de la politique monétaire. Cette fois, l'enjeu est l'impact du conflit au Moyen-Orient, un nouveau défi pour l'eurozone.

Un changement de ton du bce face aux tensions géopolitiques

Après les critiques de 2020 et 2022, où des erreurs de communication et des diagnostics erronés avaient ébranlé sa crédibilité, Lagarde a privilégié une approche plus prudente. Le BCE n'a pas modifié ses taux directeurs, mais son discours et son rapport à l'inflation témoignent d'une vigilance accrue.

L'expression « surveiller de près » est revenue, un signal clair d'une alerte renforcée. Cette tournure, déjà utilisée lors des tensions bancaires de 2023 et en 2022, précède souvent une hausse des taux. Le BCE a révisé à la hausse ses prévisions d'inflation pour 2026 (à 2,6 %) et à la baisse sa croissance pour cette année (0,9 %).

« Le fait que l’expression « surveiller de près » soit réapparue est un indicateur clair que le BCE est passé à un niveau d’alerte plus élevé », explique Carsten Brzeski, directeur global de l’analyse macroéconomique d’ING. Il souligne que les conditions de départ sont différentes, avec une politique monétaire moins dépendante des modèles macroéconomiques.

Lagarde, avec sa légendaire maîtrise, a rassuré les marchés, se montrant plus précise que son homologue de la Fed, Jerome Powell, critiqué pour son manque de clarté sur l'impact de la crise énergétique. La position de l'Europe, fortement dépendante des importations de gaz, rend la situation plus délicate.

Mohamed El-Erian perçoit un « phénomène de contagion classique » dans les signaux de stress sur le crédit privé. Pour l'heure, l'urgence d'agir préventivement semble limitée, compte tenu du niveau actuel des taux et de la croissance économique. Néanmoins, l'interruption de l'approvisionnement en gaz naturel liquéfié du Qatar expose la zone euro à un moment de faiblesse des réserves.

Les marchés anticipent désormais une hausse des taux d'au moins 25 points de base. La durée et l'évolution du conflit au Moyen-Orient détermineront si le BCE commencera à augmenter les taux dès le mois prochain ou préférera attendre l'été. La vision de Schroders est pessimiste : les marchés sous-estiment le risque d'une crise énergétique prolongée.

« Les marchés supposent actuellement qu'il s'agit d'une crise temporaire. Si cela se confirme, le BCE pourrait ignorer la volatilité à court terme de l'inflation énergétique. C'est une hypothèse risquée. »

La situation est complexe. Le BCE se retrouve face à un dilemme : réagir rapidement pour maîtriser l'inflation ou soutenir la croissance économique. La réponse, comme souvent, dépendra des données. Et des données, pour l'instant, il en manque.