Iran : les frappes déstabilisent l'approvisionnement en aluminium et pourraient exploser les prix

Les attaques iraniennes sur les installations d'aluminium du Golfe Persique déclenchent une crise majeure dans un marché déjà fragilisé, avec des craintes d'une flambée des prix du métal essentiel. Ce conflit, qui cible des sites fournissant potentiellement l'armée américaine, pourrait avoir des répercussions considérables sur les industries allant de l'aéronautique à l'automobile, en passant par les panneaux solaires et les technologies d'intelligence artificielle. La situation, déjà tendue, pourrait désormais affecter la chaîne d'approvisionnement mondiale.

Un choc pour la production mondiale

Les futures à la Bourse des Métaux de Londres ont bondi de 6% lundi, reflétant l'inquiétude des opérateurs. L'Iran représente près de 9% de la production mondiale d'aluminium, mais l'impact est amplifié par des restrictions de production dans d'autres régions, qui ont déjà réduit les stocks. Cette situation avait été exacerbée par la fermeture du détroit d'Ormuz, entraînant des pénuries de matières premières dans les fonderies.

Les deux plants d'aluminium touchés, situés en Arabie saoudite et au Bahreïn, ont une capacité de production combinée de 3,2 millions de tonnes par an. Les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) produisent plus de 6 millions de tonnes, mais tous ne transitent pas par le détroit. Un blocage prolongé pourrait donc plonger le marché dans une crise de suministro sans précédent.

Les prix ont déjà connu des fluctuations importantes depuis le début de la guerre, avec une remontée fulgurante suivie d'une stabilisation, alimentée par les craintes économiques. Pourtant, la pénurie de l'offre se traduit déjà par des primes plus élevées pour l'aluminium physique. Le prix du lingot a augmenté de 63% en Europe depuis le début du conflit.

En conséquence, Rio Tinto Group a augmenté sa prime pour l'aluminium au Japon à son plus haut niveau depuis une décennie. Les secteurs de l'aéronautique, de l'automobile et de la construction, qui dépendent des alliages d'aluminium de haute qualité, sont particulièrement exposés. Alba, le producteur bahreïnien, a déjà annoncé une réduction de sa production pour se concentrer sur l'aluminium de base.

Les analystes de Goldman Sachs Group Inc. prévoient même un déficit de 900 000 tonnes au second trimestre, réduisant la capacité de couverture du marché à seulement 45 jours de consommation, contre 2022, année marquée par une crise énergétique. Les fonderies européennes craignent déjà un impact majeur. Cette situation révèle la fragilité d'une chaîne logistique mondiale, déjà mise à rude épreuve.

Les premières conséquences se feront sentir au cours des prochains mois, avec des retards dans les livraisons. L'aluminium de qualité supérieure, utilisé notamment dans l'aéronautique et l'automobile, pourrait devenir rare. Les entreprises qui avaient anticipé une période de pénurie sont désormais confrontées à une réalité bien plus préoccupante.

La crise du Golfe Persique met en lumière une dépendance excessive à des régions géopolitiquement instables pour l'approvisionnement en matières premières essentielles. Et cette dépendance, au final, est une vulnérabilité que le monde ne peut plus se permettre.