Espagne : urgence défensive, le kaan se profile comme alternative
La situation des équipements aéronautiques français est déjà préoccupante, mais l’Espagne se confronte à une crise de plus en plus pressante. Les F-18, pilier de son armée de l’air et de sa marine, approchent de la fin de leur vie opérationnelle, et le projet FCAS reste une incertitude flagrante. Face à ce goulet d’étranglement, Madrid explore activement des pistes alternatives, et la Turquie, avec son chasseur de cinquième génération KAAN, se présente comme une solution potentiellement viable.
Un tournant possible : l’accord avec la turquie
Après avoir écarté l’acquisition des F-35 américains, et malgré les doutes persistants sur le calendrier du FCAS, le gouvernement espagnol semble pencher vers une collaboration avec l’Industrie Aéronautique Turque (TAI). Un accord préliminaire, confirmé par TAI, ouvre la voie à l’acquisition du KAAN, un chasseur de cinquième génération prometteur.
La trajectoire est claire : les F-18 de l’Armée de l’Air espagnole, initialement censés être retirés en 2030, verront leur durée de service prolongée jusqu’à 2040 – une mesure temporaire pour absorber la perte de capacités. La situation est encore plus délicate pour les AV-8B Harrier II Plus de la Marine, dont la mise hors service est prévue pour 2030. Le seul successeur viable, le F-35B, est en revanche un modèle inacceptable pour Madrid, compte tenu de son opposition à l’achat de cette plateforme américaine.
Airtificial, pour un investissement de 16 millions d’euros, assurera la production des commandes de contrôleurs de vol du chasseur turco Hürjet, qui constitue un premier pas dans cette coopération. Un modèle de collaboration similaire, basé sur la fabrication de la structure par la Turquie et l’intégration de la aviónica, du logiciel et de la certification par Airbus Defence and Space España, semble être envisagé. Un partenariat stratégique, mais dont les implications à long terme restent à évaluer avec attention.
Le KAAN, premier chasseur de cinquième génération développé par la Turquie, a déjà démontré ses capacités lors de ses deux premiers vols de test en mai et juin 2024, atteignant respectivement 3,000 mètres et 450 km/h. Ce programme ambitieux, visant à remplacer les F-16, positionne la Turquie comme un acteur majeur de la production d’avions de combat de nouvelle génération, aux côtés des États-Unis, de Russie et de la Chine. Son radar AESA MURAD-600A, capable de diriger simultanément plusieurs faisceaux, représente un atout technologique significatif.

Une décision critique pour l’espagne
Le choix de l’Espagne ne sera pas anodin. Il aura des répercussions directes sur sa capacité à moderniser sa défense et à maintenir une autonomie stratégique. L’acquisition du KAAN représenterait une alternative moins coûteuse que l’achat de F-35, tout en offrant des performances comparables. C'est une décision qui, pour l’Espagne, ne peut se faire sans une analyse approfondie des risques et des bénéfices, et qui nécessitera une vision claire de son rôle sur la scène internationale.