Espagne : le récit officiel du succès masque une fracture générationnelle alarmante
Le discours du gouvernement est clair : l’Espagne décolle. Un PIB en croissance, un marché de l’emploi résilient, des exportations qui tiennent bon – le tableau macroéconomique est, à première vue, encourageant. Mais creuser davantage révèle une réalité bien plus complexe, une fracture sociale qui menace de diviser le pays.
Au-delà des chiffres : un retournement de situation patrimoniale
Si les indicateurs nationaux brillent, la situation des ménages est loin d’être comparable. La richesse familiale, depuis la crise de 2008, n’a pas connu une progression harmonieuse. L’écart entre les hauts et les bas est devenu criant, laissant un nombre considérable de citoyens dans une situation de précarité persistante.
Une analyse comparative des données révèle un changement de paradigme dans l’accumulation de patrimoine. La pierre angulaire de la richesse espagnole reste l’immobilier, mais son accès s’est considérablement rétréci pour les jeunes générations. L’ascension du marché est devenue une impasse.

La maison, un rêve inaccessible pour la génération z
Selon les chiffres les plus récents de la Banque d’Espagne, la propriété reste le principal atout des foyers, représentant 89,1 % de la valeur totale des actifs. Cependant, l’acquisition d’un bien immobilier s’est avérée particulièrement difficile pour les moins de 35 ans. En 2008, 65,8 % de cette tranche d’âge étaient propriétaires. Aujourd’hui, ce chiffre a chuté à 36,7 %, une baisse alarmante qui témoigne d’une situation désespérée.
L’étude de la Fondation Afi confirme cette tendance. Entre 2000 et 2022, la part de propriété chez les jeunes a dégringolé de près de 70% à environ 36%, tandis que le recours au logement loué s’est généralisé. Paradoxalement, la Génération Z, celle qui héritera de ce paysage, risque de devenir la génération la plus riche de l’histoire, malgré l’impossibilité de devenir propriétaire.

Une génération pauvre, malgré ses revenus
La richesse nette médiane des foyers dont le chef de famille a moins de 35 ans s’élève désormais à 22 900 euros, contre 81 700 euros en 2008 – un repli spectaculaire de 72 % en seize ans. Cette diminution est due à une combinaison de salaires qui progressent à un rythme lent, à l’inflation persistante et à un marché immobilier de plus en plus exigeant. La renta real, en termes réels, est inférieure à celle de leurs parents à leur âge.
Un fossé générationnel s’élargit. Les ménages plus âgés ont su préserver et même augmenter leur patrimoine, profitant de la revalorisation des biens immobiliers, tandis que les jeunes sont piégés entre la flambée des prix et l’impossibilité d’accumuler des richesses. Une dynamique d’inégalité qui s’emballe.

L’endettement : une illusion de progrès
Si la situation patrimoniale est préoccupante, l’endettement des jeunes a, lui, diminué de manière significative. Avant la crise, une part importante de ces foyers était fortement appauvrie, avec des hypothèques qui pesaient lourdement sur leur revenu. En 2008, 24% étaient en situation financière vulnérable. En 2024, ce pourcentage est tombé à 4,1%. Cette amélioration apparente masque en réalité le fait que de nombreux jeunes ne peuvent plus accéder à un prêt immobilier, devenant ainsi exclus du marché de l’achat.
