Course à l'armement en ia : les géants technologiques se financent massivement

Les géants de la tech américaine se lancent dans une course effrénée pour dominer l'intelligence artificielle. Mais cette ambition dévore des liquidités. Google, Meta et d'autres entreprises du secteur se tournent massivement vers l'endettement pour alimenter cette révolution.

Endettement massif : une nouvelle stratégie pour l'ia

L’odeur de la nouveauté technologique flotte dans les couloirs de la Silicon Valley. Après des années de reinversion des bénéfices, les grandes entreprises technologiques comme Alphabet, Meta Platforms Inc. et Amazon.com Inc. se sont lancées dans une stratégie audacieuse : l'emprunt. Pour financer le développement de leurs systèmes d'IA, elles ont levé des sommes colossales sur les marchés financiers, bouleversant les modèles économiques traditionnels.

Selon une étude récente, ces quatre géants ont planifié dépenser ensemble environ 650 milliards de dollars cette année dans les centres de données, les réseaux et les infrastructures nécessaires au déploiement de l’IA. Un chiffre vertigineux qui témoigne de l'ampleur de l'investissement requis.

Amazon.com Inc. a récemment réalisé une première en émettant des obligations en euros en Europe, pour un montant de 14,5 milliards d'euros. Le géant du commerce en ligne a également contracté un emprunt de 37 milliards de dollars sur le marché américain, la quatrième plus importante levée de fonds obligataire de l'histoire du pays. Ces initiatives marquent un changement radical de cap.

Pourquoi cette fuite vers la dette ? Les revenus publicitaires, traditionnellement source de financement, ne suffisent plus à alimenter la frénésie des projets d'IA. L'attrait des véhicules de but spécial (VBS), des entités juridiques créées pour des objectifs financiers spécifiques, ne fait qu'accentuer cette tendance. Ces structures permettent de maintenir la dette en dehors du bilan de l'entreprise, protégeant ainsi sa notation financière.

xAI, la startup d'Elon Musk, a par exemple levé 5 milliards de dollars en dette corporative, qu'elle a déjà remboursée. OpenAI et Anthropic, quant à eux, préfèrent pour l'instant miser sur les fonds propres, mais cette option est limitée. L'augmentation des financements en dette a même suscité l'inquiétude des investisseurs, qui craignent une dilution excessive des participations.

La montée en puissance de l'IA pourrait peser sur les marchés de crédit. Les investisseurs, auparavant attirés par d'autres secteurs, se tournent désormais vers les géants technologiques, ce qui pourrait freiner le développement d'autres entreprises. Et si l'essor de l'IA ne répond pas aux attentes, les investissements massifs dans les centres de données et les puces pourraient laisser les entreprises avec des capacités inutilisées, un peu comme la bulle internet de la fin des années 1990.

Alphabet a récemment émis une obligation à 100 ans, une première depuis les années 1990, témoignant de la confiance des investisseurs à long terme. Ce type d'opération, autrefois impensable, devient de plus en plus courant. Les porteurs de dette, comme les assureurs et les fonds de pension, démontrent un intérêt croissant pour ces titres.

Cette frénésie financière est un symptôme d'une révolution en marche. Les géants de la tech parient gros sur l'IA, et ils sont prêts à prendre des risques considérables pour y parvenir. Le succès de cette stratégie reste à prouver.