Amazon bouleverse le marché de l'alimentation : un nouveau défi pour walmart ?
Amazon s'avance dans un nouveau territoire : la grande distribution physique. Le géant du commerce en ligne, sous le nom de Projet Kobe, prévoit la construction d'une série de supermarchés de grande taille, dotés d'entrepôts automatisés, qui pourraient bien redéfinir la relation entre le commerce en ligne et le consommateur.
Amazon mise sur l'automatisation pour conquérir le cœur des consommateurs
Le projet Kobe, dont les plans ont été révélés par des documents internes consultés par Business Insider, ambitionne de combiner vente de produits alimentaires et biens de consommation courante sous un même toit. L'innovation réside dans la présence d'un centre de distribution entièrement automatisé, intégré à l'arrière du magasin, pour une gestion optimisée des commandes en ligne, des retraits et des livraisons. Cette approche, qui intègre des outils d'intelligence artificielle pour personnaliser l'offre, représente un pari audacieux pour Amazon, qui peine à rivaliser avec des acteurs établis comme Walmart dans le secteur de l'alimentation.
L'initiative s'inscrit dans un contexte de résultats mitigés pour Amazon dans le commerce alimentaire, avec la fermeture récente de ses réseaux de magasins Go et Fresh. L'acquisition de Whole Foods Market pour 13,7 milliards de dollars n'a pas non plus permis d'étendre significativement sa part de marché aux États-Unis. Walmart, quant à lui, conserve une avance considérable, notamment en termes de couverture géographique et d'efficacité de la livraison le jour même. Ce dernier dispose d'un réseau de supercentres lui permettant d'atteindre 93 % des foyers avec service de livraison en un jour.
Le concept Kobe, dont la première implantation est prévue à Orland Park, dans l'Illinois, se veut une solution intégrée de vente au détail et de fulfillment en ligne à grande échelle. Les stores, d'une superficie d'environ 20 000 mètres carrés, ressemblent aux supercentres de Walmart, mais fonctionnent différemment. L'automatisation est au cœur de la stratégie, avec un système d'entreposage robotisé AutoStore, qui utilise une grille de conteneurs et des robots mobiles pour récupérer les articles. Un investissement de 33 millions de dollars est estimé pour le seul site d'Orland Park.
Ce type d'automatisation se traduit par des coûts opérationnels plus élevés. Les estimations internes indiquent qu'un article coûte 12 % de plus à traiter qu'avec le système de livraison du jour même d'Amazon. Les produits frais, en particulier, représentent un défi, avec des coûts pouvant atteindre 2 dollars par unité, soit une augmentation de 10 % par rapport aux livraisons standard. Malgré cette complexité, Amazon continue de développer des systèmes internes, comme Orbital, pour répondre aux besoins spécifiques des produits réfrigérés et congelés.
L'intelligence artificielle joue un rôle central dans la sélection des produits proposés dans chaque magasin. Un système d'IA, baptisé Frida, est en cours de développement pour optimiser la planification et automatiser les décisions. Amazon vise une transition progressive d'une expérience client gérée manuellement à un processus entièrement automatisé. Cependant, le système n'est pas encore pleinement opérationnel, et des ajustements importants restent à prévoir.
Alors qu'Amazon cherche à imposer sa présence dans le commerce de détail physique, la question reste de savoir si ce pari ambitieux sera suffisant pour rattraper son retard sur Walmart. Le géant du commerce en ligne a désormais une nouvelle bataille à mener, une bataille où l'automatisation est la clé, mais où les défis, notamment en matière de coûts, restent considérables.